Regard d’un militant sur l’accord de paix annoncé en Colombie

Colombie

Un accord de paix entre le gouvernement Colombien et la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC, extrême gauche) a été annoncé mercredi 24 août à La Havane. Il met fin à cinquante-deux ans de conflit armé. Nous avons demandé à Alexis Carrière, militant Jeunes Démocrates résidant à Madellín, en Colombie, son point de vue sur ce moment historique pour le pays.

La Colombie semble enfin entrer dans une période de paix après plus de 52 ans de guérilla. Selon toi s’agit-il de quelque chose de durable ?

Oui et non. La Colombie entre dans un cercle vertueux, et les accords de paix sont un élément extrêmement positif, mais ils n’éradiqueront pas la violence du jour au lendemain. Hormis les FARC, d’autres groupes armés illégaux tel que le ELN (Armée de libération nationale) continuent de sévir dans certaines régions du pays.

Qu’est-ce qui a amené les FARC à accepter un accord de paix après tout ce temps de lutte armée ? Y-a-t-il eu un élément déclencheur ?

La présidence du très controversé Alvaro URIBE entre 2002 et 2010 et sa politique de guerre totale contre les FARC ont énormément affaibli la guérilla. Plusieurs des grands leaders guérilleros ont été tués pendant ces années-là. Ce qui est paradoxal et assez drôle, c’est qu’URIBE a fait élire son ancien ministre de la défense et un des plus fidèles lieutenants, Juan Manuel SANTOS au poste de Président de la République pour continuer sa politique de guerre totale. Or, une fois en poste SANTOS a très vite pris le contrepied de son ancien mentor et a proposé des accords de paix au FARC.

Y a t-il un risque de voir les FARC remplacés par un autre groupe ou la paix va-t-elle enfin régner en Colombie ? L’Armée de libération nationale (ELN) ne remplacera-t-elle pas les FARC ?

C’est possible, et même si les FARC ont appelé l’ELN à engager un processus similaire de paix avec l’État colombien, l’ELN mène une guérilla réputée extrêmement dure et dangereuse.

Quelles sont les conséquences de cet accord pour le pays ?

La première conséquence c’est que le monde va (re)découvrir ce magnifique pays. Un peu comme Cuba, l’Iran ou la Birmanie ces dernières années, le pays va certainement devenir une destination prisée pour les entreprises du monde entier.

Cependant, il est à noter que la France n’a pas attendu la signature des accords de paix pour prendre la Colombie très au sérieux, et nous sommes certainement un des pays ayant les plus avancés en termes de coopération internationale, que ce soit au niveau économique, industriel, universitaire et culturel.

Quel est l’avenir des zones contrôlées par les FARC ?

Très bonne question. Jusqu’à aujourd’hui, la plupart de ces zones étaient complètement inaccessibles, et elles pourraient se convertir en paradis pour bien des gens, du touriste aux industriels. J’espère donc que l’État saura préserver ces régions et s’y implanter durablement (écoles, routes, …), et surtout que les anciens guérilleros et l’armée travailleront main dans la main pour le déminage de ces zones.

Certains font un parallèle entre cet accord de paix et la chute du mur de Berlin. En tant que français résidant en Colombie, comment vis-tu la nouvelle ?

C’est très difficile à dire, car nous n’avons pas encore le recul nécessaire. La chute du mur de Berlin était un événement avec des répercussions planétaires qui marquait la fin d’un monde bipolaire, alors que la signature des accords de paix en Colombie a une portée beaucoup plus régionale.

En Colombie, justement, quel est l’état d’esprit des habitants suite à cette annonce ?

Les Colombiens sont très méfiants et à juste titre, car plusieurs tentatives d’accords de paix ont déjà échoué par le passé.

Le 2 octobre prochain, les colombiens sont invités à aller voter pour ou contre cet accord. Comment ressens-tu la tendance, les Colombiens sont-ils favorables à cet accord ?

On risque le Brexit bis ! Les deux camps sont au coude à coude. Même si je pense qu’un non à ce référendum serait une très grave erreur pour le futur du pays, il faut comprendre que tous les Colombiens ont vécu ce conflit dans leur chair, toutes les familles ont perdu des êtres proches et tous ne sont pas prêts à accorder l’immunité aux guérilleros.

La Colombie est principalement connue en France pour les FARC, les anciens otages, le football, la criminalité, etc. Quels sont à ton avis les atouts et les potentiels de ce pays ?

Les clichés ont la vie dure, et ce que je dis souvent c’est qu’il suffit de quelques années pour gagner une mauvaise réputation mais beaucoup plus de temps pour s’en défaire. La Colombie est un pays magnifique et extrêmement varié, tant du point de vue de sa population que de ses paysages. C’est le seul pays au sein duquel on peut visiter à la fois la chaîne de montagne des Andes, des plages caribéennes et la forêt amazonienne.

Avec plus de 45 millions d’habitants, la Colombie est le deuxième pays hispanophone au monde (après le Mexique mais devant l’Espagne et l’Argentine) et la deuxième économie d’Amérique du Sud. En plus, de par sa position géographique, la Colombie est le centre des Amériques, quasiment à mi-chemin entre New York et Buenos Aires.

Un grand merci à Alexis Carrière, militant au sein de la Fédération des Français à l’Etranger (FFE) des Jeunes Démocrates, pour son témoignage !

 

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