Israël : d’où viendra la Paix ?


Le 2 février dernier, le professeur Samy Cohen est venu débattre avec les Jeunes Démocrates sur le thème « Israël : d’où viendra la Paix ? ».

Samy Cohen, enseignant à Science-po et spécialiste d’Israël, nous a présenté l’émergence et les évolutions successives traversées par le « camp de la paix » en Israël. C’est l’objet de son dernier livre Israël et ses colombes, paru chez Gallimard en octobre 2016.

 

Le camp de la paix désigne les mouvements populaires, intellectuels et politiques israéliens s’opposant généralement à la droite, à la colonisation et aux politiques bellicistes. Ayant émergé à la fin des années 1950, le camp de la paix perdure encore aujourd’hui, bien qu’il ait considérablement évolué. Les médias européens y font rarement référence, si bien que la plupart des citoyens d’Europe ignorent totalement l’existence d’une mouvance pacifiste en Israël. C’est moins le cas aux États-Unis, où l’importante communauté juive permet que soit relayé les discours du camp de la paix.

Samy Cohen distingue trois phases majeures dans l’évolution du camp de la paix, trois âges durant lesquels il s’est adapté aux nouvelles circonstances diplomatiques et aux mutations sociales et politiques.

Le premier âge

On peut dater la naissance du camp de la paix à l’année 1957. C’est à ce moment qu’un certain nombre de personnalités politiques et militaires commencent à s’intéresser sérieusement aux revendications palestiniennes. Parmi eux on peut notamment citer Aryeh Eliav (dit « Lova ») qui a été le premier à reconnaître, dans un rapport sur les territoires conquis suite à la Guerre des Six Jours, le fait national palestinien.

Dans son rapport, il recommandait notamment de ne pas établir d’implantations dans les territoires occupés, mais au contraire de les restituer aux palestiniens. Aryeh Eliav a été jusqu’à évoquer la nécessité de favoriser la constitution d’un État palestinien associé à la Jordanie. Ces propositions ont été assez mal accueillies par les partis politiques, y compris celui d’Aryeh Eliav, le Parti Travailliste, pourtant situé à gauche.

Aryeh Eliav a malgré tout poursuivi ses efforts pour la paix. Il a ainsi rencontré Yaser Arafat à plusieurs reprises, rencontres généralement organisées en France par Pierre Mendès France. Si le travail d’Aryeh Eliav et de toutes les autres personnalités engagées pour la paix n’a pas eu un impact politique majeur, on peut toutefois considérer qu‘ils ont « planté les graines » du camp de la paix.

Le deuxième âge

Cet âge est marqué par le mouvement « La paix maintenant », créé en 1978 par 300 officiers de réserve israéliens. Il connaît rapidement un fort soutien populaire, les citoyens étant très concernés par les questions diplomatiques et soucieux d’éviter une situation de guerre perpétuelle. Le mouvement prend de l’ampleur et s’attire très vite les foudres des forces politiques de droite (le 10 février 1983 un militant d’extrême droite lance une grenade dans un cortège de « La paix maintenant », faisant 1 mort et 9 blessés).

Le mouvement perd toutefois une parti de son soutien à partir des années 1980. C’est en effet à ce moment qu’il commence à s’opposer vigoureusement à la colonisation et à défendre les droits des palestiniens, deux sujets qui intéressent moins les citoyens israéliens.

Cela n’empêche pas les accords d’Oslo d’être signés en 1993 par le Premier ministre Rabin. Ces accords laissent espérer une baisse des tensions israélo-palestiniennes et un regain d’influence pour le camp de la paix. Paradoxalement, c’est l’inverse qui se produit : le Premier ministre Rabin était en effet méfiant vis à vis du mouvement « La paix maintenant » et de la gauche en général, alors même qu’il essuyait une opposition farouche de la droite et des colons. En conséquence, « La paix maintenant » a perdu une part importante de son influence, tout comme la gauche qui n’a plus accédé au pouvoir après 2001.

L’assassinat de Rabin en 1995 fera s’éloigner une nouvelle fois les espoirs d’une paix durable dans la région.

Le troisième âge

Depuis la fin des années 1990 le camp de la paix s’est considérablement métamorphosé. Si les grands mouvements tels que « La paix maintenant » ou le Parti Travailliste n’ont plus l’influence qu’ils avaient autrefois les aspirations pacifistes n’ont pas disparu pour autant. Les modes d’action ont toutefois radicalement évolué, la cause étant désormais portée par des associations, ONG et think tanks.

On peut ainsi relever quatre sous-groupes :

Les groupes de responsables et d’anciens officiers de l’armée

Ces personnalités se réunissent dans des groupes et think tanks produisant des rapports et des propositions. Si leur impact médiatique est moindre, ils témoignent néanmoins d’une volonté réelle d’une partie de l’élite du pays de sortir du statut quo et de rechercher la paix.

Les ONG de réunification

Il s’agit souvent de gens simples qui cherchent simplement à vivre en harmonie avec leurs voisins palestiniens. On peut citer le « Forum des familles en deuil » qui réunit des familles israéliennes et palestiniennes ayant perdu un proche durant l’un des nombreux conflits. Dans une démarche similaire on peut évoquer « Nos larmes ont la même couleur ». Enfin il faut mentionner les « Combattants pour la paix », regroupant de jeunes objecteurs de conscience israéliens qui rencontrent et discutent avec d’anciens combattants palestiniens afin de parvenir à une compréhension mutuelle.

La démarche de ces acteurs est en effet de favoriser le dialogue et la compréhension entre israéliens et palestiniens, sans laquelle une paix durable est impossible.

Les ONG des Droits de l’Homme

Ces ONG visent principalement à défendre les palestiniens. Elles proposent souvent un soutien juridique, permettant à un grand nombre de palestiniens vivant en zone israélienne de ne pas être expulsés.

Les électrons libres

On pense ici aux artistes, écrivains et universitaires qui, chacun de leur côté, agissent et militent pour la paix. Si l’on observe moins de manifestations et d’actions de masse qu’autrefois, on constate toutefois un intérêt croissant pour la Palestine, y compris de la part des Hommes politiques. La majorité des israéliens se réclament centristes, un changement de politique peut donc être espéré dans les années à venir. Si le camp de la paix ne dispose pas actuellement d’un leader pour l’unifier, de nombreux responsables militaires sont concernés par cette cause et pourraient en devenir le fer de lance.

 

 « Les colombes israéliennes cherchent aujourd’hui un faucon éclairé »

Samy Cohen

 

Laissez un commentaire