Des réformes universitaires ambitieuses pour une jeunesse ambitieuse


Le gouvernement a présenté en début de semaine un grand plan sur la place des étudiants au sein de notre système universitaire. Nous avons également travaillé de notre côté sur ces questions, et nos conclusions sont très proches de celles du gouvernement. Nous saluons donc ces annonces, tout en apportant quelques éléments supplémentaires au débat. Des précisions, mais également des points de vigilance.

 

Une nécessité d’en finir avec le tirage au sort

Le tirage au sort, utilisé cette année pour certaines filières sous tension, est une absurdité qu’il fallait faire disparaître définitivement. Le gouvernement s’engage à ce que cela soit effectif dès l’année prochaine. Nous saluons cette promesse, en espérant vivement que la situation ubuesque de cette année ne se reproduise jamais.

 

L’orientation prescriptive, compromis entre une sélection dure et une orientation molle

Il est pour nous essentiel que les universités puissent plus choisir quels étudiants elles accueillent, tout en garantissant à chaque jeune de pouvoir poursuivre ses études. Le droit aux études doit être préservé, mais il n’est plus possible de ne pas faire d’orientation prescriptive, comme cela se fait dans de nombreux pays. Ce que propose le gouvernement nous semble équilibré, même si nous émettons des réserves sur la mise en place au sein des établissements du secondaire, où le personnel n’est pas encore formé à ces nouvelles méthodes. Nous espérons que des précisions seront apportées rapidement sur les moyens concrets alloués pour la mise en place de ces nouveaux dispositifs.

Il n’est plus possible de ne pas faire d’orientation prescriptive, comme cela se fait dans de nombreux pays

Le programme de fondation, une pierre supplémentaire à mettre en place pour la réussite du plus grand nombre

Dans le cadre de la réforme de la transition du baccalauréat à l’université, nous souhaitons promouvoir la création d’un programme de fondation facultatif, mélange souple de propédeutique et d’orientation approfondie, conseillé aux étudiants ayant des difficultés dans les matières qu’ils souhaitent suivre. Ainsi, les étudiants non sélectionnés pour une entrée directe dans les programmes de leur choix pourraient suivre des modules de remise à niveau dans les matières où leurs scores au baccalauréat et aux tests d’entrées universitaires seraient trop justes. Toutefois, dans les domaines où ils seraient “au niveau”, les étudiants pourraient suivre les modules du cursus universitaire qu’ils désirent suivre, et ainsi engranger des crédits ECTS pour éviter toute perte de temps. La modularité des études autoriserait cette forte flexibilité dans le parcours de chaque étudiant.

 

La transformation des cursus par la modularité, facteur de réussite et d’épanouissement pour les étudiants

En France, le rapport au temps académique des étudiants est biaisé. En effet, du fait de la semestrialisation des cursus, beaucoup d’entre eux ont tendance à penser qu’une licence doit impérativement se faire en 3 ans. Toute autre option équivaudrait à une perte de temps. Pourtant, cette rigidité cause une pression inutile chez certains, y compris les moins aisés, qui doivent parfois travailler pour subvenir à leurs besoins en parallèle de leurs études. De la même manière, le manque d’expérience professionnelle des jeunes diplômés est un des premiers freins à l’embauche, mais l’organisation par semestre des études supérieures ne permet que difficilement d’acquérir une expérience du monde du travail, par manque de temps.

Le manque d’expérience profesionnelle des jeunes diplômés est un des premiers freins à l’embauche

Pour la réussite et l’épanouissement des étudiants, il nous semble essentiel de mettre enfin en place les cursus modulaires, plutôt que semestrialisés, en accord avec les principes du Processus de Bologne. Ceci permettrait à celles et ceux qui le souhaitent d’étudier à temps partiel, tout en acquérant une expérience professionnelle ou bénévole. De la même manière, ce système plus flexible pourrait donner lieu à un changement d’attitude vis-à-vis de la durée des études. En effet, il permettrait à chacun d’accepter que ce n’est pas tant la rapidité avec laquelle on acquiert une nouvelle connaissance qui compte, mais bel et bien le fait que cette connaissance soit acquise. A noter que les cursus modulaires permettent une réorientation plus douce, si celle-ci est nécessaire, grâce à des modules communs partagés entre programmes de différentes spécialités (cours de langues vivantes présents tant en arts et en lettres qu’en sciences, etc.).