Louise Daniel, appelle à réconcilier la France des métropoles et celle qui nourrit le pays. Dans ce billet d'humeur, elle défend une agriculture et une industrie françaises engagées dans la transition écologique, tout en faisant de la souveraineté alimentaire un enjeu majeur pour l’avenir.
Alors que le Parlement vient d'adopter un énième texte législatif sur l'agriculture - le quatrième en quelques années - force est de constater que les lois se succèdent mais que la fracture, elle, demeure. Car, la fracture territoriale qui ne cesse de s'empirer entre Paris, les métropoles et ces autres territoires communément appelés « province » est la même qui s'installe depuis des années entre notre société, nos industries et nos agricultures. Parce qu’il ne faut pas oublier que les agriculteurs et les transformateurs sont les deux faces de la même médaille appelée « la chaîne de valeur ». Les consommateurs oublient bien trop souvent que, de la fourche à la fourchette, le maillon industriel est indispensable, pour consommer chaque année des milliers de produits qui sont trois fois par jour dans notre assiette.
C'est pourquoi il convient de rappeler que nos agriculteurs et nos industries s'engagent - et sont déjà engagés depuis des années - pour la transition écologique. Du côté agricole, les nouvelles technologies (drones, GPS, intelligence artificielle) révolutionnent l'irrigation ou l'utilisation d'intrants. Du côté industriel, c'est toute la chaîne de production qui se réinvente : optimisation énergétique des usines, réduction des emballages, décarbonation des procédés de fabrication et économie circulaire. Loin des caricatures, le monde agricole et industriel français est en mouvement. Il mérite d'être soutenu, pas accusé.
Alors, oui, nous voudrions tous que ces transitions se fassent plus rapidement, qu'elles aillent plus loin. Mais ne perdons pas de vue que dans le monde globalisé qu'est le nôtre, nombreux sont les exemples de concurrence déloyale qui mettent des coups dans la nuque de nos productions agricoles et industrielles. Ayons le courage de porter nos réformes nationales au niveau européen, pour que notre vision écologique, aussi ambitieuse soit-elle, ne pénalise pas les plus vertueux, et les Français en font partie.
Car c'est bien là que se joue l'essentiel : exiger la réciprocité des normes de production à l'échelle européenne. Il ne peut y avoir d'ambition écologique crédible si les produits importés continuent d'échapper aux standards que nous imposons à nos propres agriculteurs et industriels. Exiger cette réciprocité au sein du marché européen doit devenir une priorité politique de premier ordre.
Ne nous trompons pas de combat : arrêtons d'opposer écologie et agriculture. Continuons d'être exigeants dans l'alimentation que nous voulons, mais achetons et mangeons français. À l'heure où les candidats à l'élection présidentielle commencent la présentation de leurs programmes, la souveraineté alimentaire doit être au cœur des débats. Ce n'est pas qu'une question agricole : les crises récentes, sanitaires comme géopolitiques, nous ont rappelé ce que coûte la dépendance alimentaire. Donnons-nous les moyens de continuer les transitions engagées, sans nuire à notre compétitivité. Et peut-être qu'en regardant enfin nos agriculteurs et nos transformateurs avec la fierté qu'ils méritent, nous commencerons aussi à réconcilier ces deux France que tout semble opposer : celle des métropoles et celle des territoires qui nourrissent tout un pays. Car les fractures qui traversent notre agriculture sont les mêmes qui traversent notre société : territoriales, sociales, culturelles. Le candidat qui saura porter ce sujet avec sincérité et ambition ne parlera pas qu'aux agriculteurs, il parlera à la France entière.